Article n°1 sur 6 |
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Entre 1999 et 2009, l’effectif salarié féminin du BTP a augmenté de 45%. Néanmoins, bien qu’en voie constante de féminisation, le bâtiment reste malheureusement encore victime de sa réputation : seulement 11% des salariés du BTP à l’échelle de la France sont des femmes. Si féminiser le secteur est une volonté que partagent entrepreneurs et institutions, encore faut il qu’il y ait des candidates pour exercer la profession. « La pénibilité du travail est un argument souvent avancé pour expliquer l’absence de femmes sur les chantiers. Pourtant, il existe toutes sortes de métiers potentiellement destinés aux femmes. Le BTP ne se limite pas aux gros œuvre », explique Pascal Le Solliec, chef de marché bâtiment à la direction du marketing de l’AFPA, l’Association nationale pour la Formation Professionnelle des Adultes. Afin de ne pas refroidir les ardeurs de celles qui seraient éventuellement tentées, certains intitulés de métiers ont d’ailleurs subi des modifications. « Nous faisons attention à décliner chaque nom de métier au féminin. On parle désormais de postes de maçon/maçonne, de tailleur/tailleuse de pierre etc. dans les offres d’emploi afin de ne pas rebuter inconsciemment les femmes », poursuit Pascal Le Solliec.
Pour réussir son opération séduction auprès de la gent féminine, le milieu du bâtiment axe donc principalement ses efforts sur la communication. Parfois même auprès des adolescentes. Ainsi, la CAPEB a lancé le concours ‘conjuguer les métiers du bâtiment au féminin’ à destination des classes de 3e il y a maintenant six ans. Elle commence à en récolter les fruits aujourd’hui. « On s’aperçoit que reprendre l’entreprise des parents n’est plus un tabou pour les jeunes filles aujourd’hui. C’est signe que la mixité opère », avance Catherine Foucher, présidente de la commission nationale des femmes d’artisans à la CAPEB. Quant au groupe Bouygues Construction il a développé l’opération « Déployons nos Elles » dans les collèges, en faisant intervenir certaines de ses jeunes collaboratrices vantant les débouchés et les perspectives de promotion sociale offerts par la filière. Les salons professionnels sont également bon moyen d’encourager les femmes à se lancer dans le grand bain. Et de convaincre les entrepreneurs de passer outre les clichés. « Nous faisons témoigner employées et patrons sur les bienfaits de la mixité », glisse Aline Mériau, chef d’entreprise et présidente du Centre de Formation des Apprentis du bâtiment d’Orléans, par ailleurs la seule femme à exercer cette fonction en France.
Aline Mériau voit juste. La présence d’une ou plusieurs femmes sur un chantier profite en effet à tout le monde. Le groupe Vigier Entreprises a été l’un des pionniers à opter pour la mixité. Sur 300 collaborateurs, il emploie aujourd’hui une quarantaine de femmes, dont deux en tant qu’ouvrier-maçon. « D’une, cela permet de sortir de la routine machiste du BTP. De deux, je remarque que les chantiers sont plus propres et mieux rangés dès lors qu’une femme y travaille. Elles amènent du sérieux et de la réactivité. Et cela offre une meilleure image non seulement de l’entreprise, mais également du métier », se félicite Jean Vigier, PDG du groupe du même nom. En outre, voir débarquer une femme dans une entreprise de BTP est souvent synonyme de meilleure ergonomie des postes de travail. « Embaucher des femmes nous force à avoir une vraie réflexion autour de la pénibilité du métier. Evidemment, ces améliorations des conditions de travail profitent ensuite à l’ensemble des compagnons », souligne Didier Rabiti, responsable diversité à la direction des ressources humaines chez Bouygues Construction. Preuve que chaque acteur a à y gagner.
Reste qu’il est relativement rare de trouver une femme ouvrière sur un chantier de gros œuvre. « Alors que seulement 6% de nos stagiaires à l’AFPA sont des femmes, on constate des pics a plus de 10% dans certaines branches, comme sur les postes de technicien de conduite ou d’aménagement des finitions », détaille Pascal Le Solliec. De manière générale, les femmes sont davantage attirées par les métiers qui touchent à la décoration et au second œuvre. Pas un hasard si nombre d’entre elles ont opté pour la peinture. « Et il faut dire qu’elles sont assez douées pour ça. Ce sont des métiers valorisants intellectuellement dans lesquels elles peuvent laisser leur créativité s’exprimer », glisse Jean Vigier. Les normes écologiques auxquelles sont désormais confrontées les entreprises du bâtiment jouent également pour elles. « Les femmes sont très sensibles au problématiques de développement durable. Plus nous insisterons sur l’aspect environnemental des construction, plus le BTP sera attractif auprès des femmes », estime Aline Mériau. Avec la nouvelle réglementation thermique RT 2012, qui imposera à chacun des corps de métier de répondre précisément de ses propres dépenses énergétiques, les entreprises du bâtiment vont avoir un besoin croissant de personnel qualifié dans les années à venir. L’occasion pour les femmes de venir remplir en masse les bureaux d’étude ?
Témoignage
Adeline Cardot, 30 ans, maçon-coffreur chez Pertuy construction
Adeline Cardot est le parfait exemple d’une reconversion professionnelle réussie. Alors qu’elle a suivi des études de comptabilité-secrétariat, elle a opté pour une carrière radicalement différente. « Je ne pouvais pas supporter l’idée de passer mes journées dans un bureau, derrière un écran d’ordinateur. J’avais besoin d’être sur le terrain », détaille t-elle. Elle se réoriente alors en tant que cariste dans une usine en Alsace, mais, devant le manque de perspectives d’évolution offertes par son entreprise, elle prend le risque de tenter l’aventure dans le bâtiment, chez Pertuy Construction, une filiale du groupe Bouygues Construction implantée dans le grand Est de la France. « C’était en juin 2008. Un ami m’a informé que l’entreprise cherchait à féminiser ses effectifs. J’ai quitté un CDI pour m’orienter vers quelque chose que je ne connaissais pas, mais je ne regrette pas une seule seconde », raconte t-elle. Elle a donc appris le métier sur le tas, sans demander aucun traitement de faveur : « le port de charge ne me pose aucun problème », expose d’emblée cette forte tête, qui a dû marquer son territoire pour être acceptée dans un milieu bourré de clichés. « J’ai fait preuve de caractère et j’ai montré à mes compagnons que je pouvais très bien pratiquer ce métier a priori masculin. En trois ans, je remarque que les mentalités ont évolué. Mes collègues font désormais plus attention à leur manière de parler. Dans ce milieu, on est jugé avant tout sur le dévouement et la qualité du travail, c’est ce qui me plaît », fait-elle remarquer. Désormais habilitée à conduire mini-pelles, nacelles et manitous, grâce à une formation complémentaire financée par son entreprise, Adeline Cardot aspire désormais à davantage de responsabilités : « l’évolution de carrière est une donnée sur laquelle j’ai insisté lors de mon entretien. J’essaye de m’investir en conséquence ». A terme, elle se verrait bien occuper le poste de chef d’équipe. Sûr que son caractère sera un atout de taille pour se faire entendre.
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